Ce fut un voyage long et épuisant, quatre heures de route dans les bouchons de circulation et les travaux. Maintenant, tu n’as plus qu’un seul désir, rentrer à la maison et enfin tout oublier. Oublier les contrats, les coups de fils à donner, les échéanciers jamais respectés, les clients toujours plus détestables. Tout oublier du monde et ses tourments.
Tu tournes la clef, tu ouvres la porte, tu entres, le salon est déserté. D’un rapide coup d’œil tu vois sur la table, un café refroidi et un cendrier. La télévision est restée allumée, elle joue pour personne. Tu déposes tes valises, tu enlèves ton manteau, un courant d’air, tu frissonnes. Tu t’allumes une cigarette, faible lueur au cœur de la nuit. Tu entres dans la chambre, le lit est défait, tu souris. Au loin tu entends les cris d’une chatte en chaleur qui déchirent le silence. Tu humes l’air, flotte partout son doux parfum, elle n’est pas loin, tu sens sa présence.
Un peu de lumière filtre sous la porte au bout du couloir; elle prend son bain, tu aurais du le deviner, le savoir. Tu ôtes tes souliers, tu traverses le corridor sur la pointe des pieds. Tu jettes un rapide coup d’œil à ta montre, l’heure du crime a sonné, il est minuit. Tu pousses la porte sans te presser, en faisant bien attention de ne pas la faire grincer.
Quelques chandelles sont déposées ici et là, de son petit radio sortent de vieux accords de jazz, un léger vent frais fait danser les rideaux de la fenêtre restée entrouverte.
Allongée dans le bain, assoupie, les yeux clos, elle ne te voit, ni ne t’entend. Il n’y a que son visage, que le bout de ses seins et que ses genoux qui émergent de sous la mousse blanche. Charmant tableau; penses-tu en silence, c’est vrai qu’elle est belle à voir. Tu réalises à l’instant toute la chance que tu as d’habiter avec elle. Tu te donnes une poussée pour poser tes fesses sur le comptoir, le temps de terminer ta cigarette.
À cet instant où l’espace temps semble avoir arrêté sa course folle, tu aimerais bien savoir les pensées qui habitent son esprit. Elle te semble si bien, Alice au Pays des Merveille, partie ailleurs dans un monde imaginaire qui t’es inconnu. Tu la regardes, tu l’admires et tu sens battre ton cœur tandis que remonte en toi un sentiment que tu croyais endormi. Remontent aussi en toi des désirs, des pulsions, de délicieuses envies de te foutre des interdits ainsi que des convenances. Tu voudrais te laisser porter pour un soir par la douce indécence.
Ta cigarette finie, tu la jettes au lavabo. Pour l’éteindre comme il faut, tu fais couler un mince filet d’eau qui brise tout doucement le silence. Elle tourne la tête, ouvre ses beaux grands yeux verts et se met à te sourire. Comme toujours ce sourire réussi à te faire fondre, à te faire perdre tous tes moyens.
- Est-ce que ce cela fait un long moment que tu es ici? Te demande-telle ne semblant nullement surprise par ta présence.
- Non, juste quelques instants, seulement le temps de t’admirer un peu, de me laisser séduire par le tableau (c’est un pieux mensonge mais tu sais au fond de toi qu’elle ne t’en voudra point).
Elle te fait alors la plus merveilleuse des grimaces. Elle prend un peu de mousse et souffle dessus pour qu’elle s’envole comme le ferait une enfant. Toi, tu avances la main pour tenter de l’attraper, tu n’attrapes que du vide. La mousse flotte un instant dans la pièce avant qu’elle ne s’écrase sur le plancher de céramique.
Elle se lève, l’eau savonneuse coule sur ses seins, glisse sur son corps, descend sur sa peau, se faufile jusqu’à ses reins où tu remarques un nouveau tatouage; un petit démon lui ressemblant tellement. Elle suit ton regard qui se pose un instant sur ses hanches puis elle tente maladroitement d’essuyer le surplus de savon collant à sa peau blanche. Tu t’avances, tu t’approches sans dire un seul mot, les mots auraient été inutiles de toute façon. Tu prends la douche-téléphone, l’eau chaude gicle sur sa peau, dans son dos. Tout en douceur, en prenant ton temps tu rince ses longs cheveux blonds. Tu prends bien soin de ne pas lui mettre d’eau dans ses grands yeux rieurs.
Gamine docile, elle se laisse faire avec grand plaisir. Qui n’en ferait point autant? Comme tous, elle a soif d’amour, de tendresse et d’ivresse. En gémissant, en se laissant emporter par le désir, elle laisse ses doigts se faufiler jusqu’à ton pantalon, jusqu’à la fermeture éclair qu’elle détache en te faisant un clin d’œil. Ton pantalon glisse, se retrouve sur tes talons. Tu le repousses au loin d’un vigoureux coup de pied, tu enjambes le rebord du bain et tu la rejoins. Sous ton chandail déjà détrempé, s’aventurent ses mains aventureuses. À ton oreille, elle te susurre des propos indécents, pervers, pendant qu’au fond des ses yeux verts tu vois des éclairs malicieux.
Tu la prends, tu la plaques contre le mur de céramique blanche. Tes gestes se font alors plus durs, plus violents, plus dynamiques. Pendant que tu embrasses que tu mordilles ses mamelons, ton genou remonte entre ses cuisses jusqu’à sa toison. Ses ongles se plantent dans ton dos, ses dents dans ton cou provocants une subtile douleur ne faisant qu’augmenter ton désir. Puis tes doigts viennent prendre la relève de ton genou, ils explorent ses chairs sans gêne, avec insolence, avec insistance. Son bassin suit leurs mouvements en une charnelle danse, la danse de la passion, du plaisir partagé.
Elle se crispe, se contracte, se retient de gémir, se mord les lèvres, tentant tant bien que mal de ne pas crier. Tes doigts semblent avoir découvert la source d’un torrent impétueux. Finalement, elle explose, tu n’entends plus que ses doux gémissements. Elle empoigne tes cheveux, te pousse, t’oblige à t’allonger au fond de la baignoire. Plus rien ne semble pouvoir l’arrêter, des étoiles, elle te fait voir. Ce moment, depuis si longtemps elle l’attendait, depuis des mois elle espérait que le feu couvant entre vous ne se transforme en incendie. Tu as réveillé ses instincts, elle est devenue une tigresse qui te fait voir toute sa rage de peine et misère contenue depuis les premiers jours de votre colocation.
Dans l’eau maintenant tiède, vos corps se pressent, se collent, se touchent. En un long et sensuel baiser s’unissent vos deux bouches. Tu perds peu à peu tes repères, tu frôles la folie, ne sachant plus si tu es en enfer ou au paradis. Ses mains, ses doigts caressent, cajolent, écartent tes fesses, se glissent dans l’orifice, lentement tout en tendresse. Son majeur gauche s’enfonce toujours plus profondément, en bousculant tous tes interdits, il s’active gaiement. Toi tu perds tout contact avec la réalité, plus rien n’existe sauf cet instant de folie. Tu sens ton corps être parcouru par une décharge électrique prenant naissance dans ton bas ventre pour ensuite monter tout le long de te colonne vertébrale, se répandre jusqu’à ta nuque et te faire perdre pour un court instant tout contact avec la réalité.
Plus tard, après les cris, après les spasmes, après les frissons, vous sortez du bain sans même vous sécher, vous courez vous étendre sur le grand lit défait. Puis comme elle est venue, s’éteint, s’étouffe votre furie. Vos baisers sont maintenant plus doux, vos caresses aériennes, subtiles, tendres. Vous retrouvez alors vos comportements de petites filles sages. Ce n’est plus que du bout des doigts qu’elle effleure ta peau lisse pendant que ses lèvres glissent tout doucement sur ton corps, sur tes seins. Et finalement c’est comblée et amoureuse que tu t’endors enfin avec la venue du matin.
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